Durant trois jours, Grenoble s'est une nouvelle fois inscrite dans sa tradition de laboratoire politique, 40 ans après les "Rencontres de Grenoble" au cours desquelles Michel Rocard et de nombreux militants politiques, associatifs et syndicaux avaient entrepris de rénover la pensée socialiste.
19 tables rondes, 4 plénières, plus de deux cent intervenants, chercheurs, économistes, sociologues, philosophes et acteurs associatifs se sont succédés pour échanger et débattre avec plusieurs milliers de participants. C'est une nouvelle matrice d'analyse de notre société qui a vu le jour à Grenoble. La démarche basée sur des études statistiques et des expérimentations sociales, comme les centres de santé grenoblois ou l'école de la deuxième chance, ambitionne d'offrir une vision de notre société trempée dans la réalité des faits. Un portrait de la France empreint de moins d'idéologie et de plus de réalisme pour définir de nouveaux modes de l'action publique grâce à un diagnostic ancré dans le vécu et non l'imaginaire.
Elaborer une nouvelle critique sociale afin que la France se comprenne mieux, c'était le pari de ce forum: rendre notre société plus compréhensible et plus accessible pour apporter des réponses pertinentes aux attentes concrètes de nos concitoyens. Ces 48 heures de débats autour de personnalités comme Pierre Rosanvallon, Emmanuel Todd, Eric Maurin, Jean Peyrelevade, Daniel Cohen, Philippe Askenazy, François Dubet, Marie Duru-Bellat, Louis Chauvel, Thomas Piketty, ou Martin Hirsch (entre autres) ont permis d'élaborer ce diagnostic.
Le chômage, l’exclusion, l’insécurité sociale, les inégalités territoriales, constituent les fondements du sentiment de peur en l'avenir. C'est par ce type de nouvelle introspection des inégalités, de la France et ses territoires, des nouveaux conflits sociaux, de la démocratie,… que praticiens et chercheurs ouvriront les perspectives dont se saisiront les acteurs de la politique et de la société civile.
Lors de la dernière plénière, Grenoble a eu le privilège d'accueillir l'éminent économiste Armatya Sen, prix Nobel d'économie (1998). Ce débat portait sur l'état du capitalisme et son évolution vers ce qu'il convient aujourd'hui d'appeler le "capitalisme total". Cette forme d'organisation n'est plus soutenable d'un point de vue social comme environnemental et appelle une nouvelle régulation. Nouvelle dans sa dimension car son champ d'intervention est planétaire, nouvelle par son enjeu car il est indispensable de ré-équilibrer le rapport entre la sphère marchande et la sphère publique.
Les voies d'une société plus juste et tournée vers l'avenir passeront nécessairement par des réponses d'ampleur. Face à un capitalisme financier mondialisé, la régulation doit être à échelle équivalente, tant pour les acteurs sociaux que pour les acteurs politiques. En ce sens la premier des réponses ne réside t-elle pas dans la construction européenne?

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