Une occasion manquée
La loi sur la recherche est passée en débat à l’Assemblée nationale. Dans la quasi indifférence de la population et la désespérance des chercheurs. Me reviennent en mémoire les Etats Généraux de la Recherche à Grenoble, qui se voulaient fondateurs d’un nouvel avenir scientifique pour notre pays mais dont l’actuel gouvernement a hélas choisi d’ignorer les préconisations. Ce n’est pas céder à un réflexe pavlovien de député d’opposition -quand une idée me paraît bonne, je l’approuve d’où qu’elle vienne- qui me fait enrager contre ce texte de loi. C’est la confusion qu’elle entretient qui me paraît préjudiciable. Confusion tout d’abord entre la recherche et l’innovation. La recherche est l’affaire des scientifiques, l’innovation celle des Entrepreneurs. La France est aujourd’hui en déficit dans les deux domaines. La recherche n’est plus assez dynamique mais les mauvais chiffres de notre commerce extérieur révèlent également les faiblesses de notre innovation, qui conduit trop souvent nos entreprises à produire du moyen de gamme, concurrencé par les pays émergeants. Aucun esprit sensé ne conteste le besoin de donner un second souffle à l’innovation, c’est l’une des principales conditions à notre croissance économique et au retour à l’emploi dans notre pays. Cependant aucun responsable politique ne devrait en tirer la conclusion simpliste que les recherches les plus théoriques n’ont plus aucun intérêt. Avec la logique de Dominique de VILLEPIN, l’Agence pour la recherche aurait choisi au XIXème siècle de financer des travaux sur l’amélioration de l’éclairage au gaz et aurait refusé d’aider la recherche sur l’électricité ! Confusion, et c’est tout aussi grave, sur les niveaux de compétences où se décide la recherche en ce début de XXIème siècle. L’oubli de l’Europe est une constante des gouvernements de Jacques CHIRAC. Comment peut-on en 2006 arrêter des programmes de recherche qui ne s’articulent pas avec ceux de l’Europe, seul espace où nous atteignons la taille critique face aux Etats-Unis et demain face aux nouvelles puissances asiatiques ? Je maintiens que c’est au niveau européen que nous pourrons avancer de façon décisive dans nos secteurs de pointe, les télécoms, l’énergie, les transports ou les sciences du vivant. Confusion encore dans la politique, nécessaire, d’éveil des vocations scientifiques. La France manque de matheux et de scientifiques. C’est là une tendance lourde et qui se repère très tôt dans le choix d’orientation de l’Education nationale. Quand on pense à la recherche, on pense naturellement à l’Enseignement Supérieur. Or l’avenir se joue en réalité dans le secondaire. Si nous ne donnons pas dès le lycée le goût des mathématiques et des sciences à nos jeunes, ce retard-là ne sera jamais rattrapé à l’Université et nous en payerons durablement le prix. Cette évidence semble avoir malheureusement échappée aux responsables d’aujourd’hui. Confusion, enfin, dans la définition même de ce que doit être la recherche, ce qui est un comble pour un projet de loi sur ce sujet. Non seulement on sacrifie la recherche fondamentale au profit de la recherche appliquée mais on ignore de plus la recherche dans les sciences sociales et les sciences humaines ! Elles sont pourtant indissociables du développement scientifique en en créant les conditions sociétales. J’en veux pour exemple la liaison entre la recherche, l’innovation et l’emploi que nous avons suscitée à Grenoble avec la décentralisation. L’innovation n’est pas exclusivement scientifique, elle doit aussi être sociale. Là encore j’ai l’immodestie de croire que le modèle que nous avons collectivement mis en œuvre à Grenoble mériterait de faire des émules et qu’il devrait inspirer la politique du gouvernement. Car à oublier les conditions nécessaires au développement de la recherche et de la science, Dominique de VILLEPIN me fait penser à un chimiste qui s’étonnerait de rater ses expériences faute d’avoir versé la moitié des ingrédients dans son éprouvette.

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